Ecoute de la Bible au cœur de l’actualité

Une équipe de la paroisse et de l’Espace vous propose un temps hebdomadaire de chants, de prière et de méditation autour des prières tirées du livre des Psaumes. Nous nous réunissons au temple, dans la chapelle des évangélistes. Bienvenue à chacun !

Textes rédigés par Jean-Pierre Zurn


Les autres textes


Méditation autour de l’Evangile de Jean
Première partie: Ch. 1 à 12 ( Evangile de Jean, première partie (340 téléchargements) )
Deuxième partie: Ch. 13 à 21 ( Evangile de Jean, deuxième partie (217 téléchargements) )


Méditation autour de l'épître aux Ephésiens (210 téléchargements)
Méditation autour de la première épître aux Corinthiens (196 téléchargements)

Méditation autour du livre de l’Apocalypse
Première partie: livre de l’Apocalypse - 1ère partie, Chap. 1 à 12 (un téléchargement)
Deuxième partie: livre de l’Apocalypse - 2e partie, Chap. 13 à 22 (135 téléchargements)


Méditation à partir de Psaumes
Première partie:


Psaume 125

Cantique des degrés. Ceux qui se confient en l’Éternel Sont comme la montagne de Sion: elle ne chancelle point, Elle est affermie pour toujours.
Des montagnes entourent Jérusalem; Ainsi l’Éternel entoure son peuple, Dès maintenant et à jamais.
Car le sceptre de la méchanceté ne restera pas sur le lot des justes, Afin que les justes ne tendent pas les mains vers l’iniquité.
Éternel, répands tes bienfaits sur les bons Et sur ceux dont le coeur est droit!
Mais ceux qui s’engagent dans des voies détournées, Que l’Éternel les détruise avec ceux qui font le mal! Que la paix soit sur Israël!

Nous avons affaire au sixième cantique des Montées (Psaumes 120 à 134), qui était chanté par des croyants venus en pèlerinage à Jérusalem. On y discerne une première partie avec les vv 1 et 2 qui forment un petit diptyque. Trois mots font le lien entre ces deux versets : Adonaï tout d’abord, et puis har (montagne) et ‘olam (toujours). Mais la thématique de chacun de ces versets diffère quelque peu : ce qu’on célèbre au v.1, c’est la stabilité de ceux qui s’appuient sur Adonaï ; au v.2, c’est la protection de la ville par Adonaï. Le discours se fonde sur une double comparaison : pour évoquer une réalité inébranlable, solide, stable, l’image de la montagne s’impose naturellement. Et un pèlerin qui arrive à Jérusalem a sous les yeux comme exemple le mont Sion. Pour évoquer la protection et la sécurité de la ville, on se réfère à son emplacement à l’intérieur de collines que le psalmiste appelle aussi montagnes, même si elles n’ont pas plus de 800 mètres d’altitude. On oubliera aussi que le plateau nord de la ville offre une voie d’accès relativement aisée aux envahisseurs. Ces images illustrent la stabilité nationale qu’offre la foi en Adonaï et la garantie de protection durable que constitue pour le peuple la présence englobante de son Dieu, seul véritable gage de sécurité inébranlable, étant donné l’aspect vulnérable de la ville du côté nord. « Adonaï entoure son peuple ! » On se souvient qu’au 8ème siècle Sennachérib, le puissant roi d’Assyrie, avait été contraint de rentrer chez lui après le siège infructueux de Jérusalem qu’il n’avait pas réussi à conquérir, ce que fera Nabuchodonosor un bon siècle plus tard !

Ainsi ces deux premiers versets nous rappellent que c’est lui, Adonaï, qui est notre sécurité. Il est notre appui, notre forteresse qui apaise nos craintes. Nous pourrions nous entourer de toutes sortes de systèmes de sécurité mais, en fin de compte, c’est à lui seul qu’il faut faire entière confiance. Aucun système, aussi sophistiqué soit-il, ne peut nous garantir une sécurité parfaite.

Le v. 3 mentionne la « part des justes ». La part ou le lot des justes, c’est la portion de territoire attribuée à chaque Israélite. Ici, le goral, c’est le territoire de Jérusalem, héritage commun à tout le peuple de Dieu, qui ne doit pas tomber sous la main des étrangers. Le patrimoine occupé par le peuple de Dieu ne saurait être soumis à un sceptre impie, c’est-à-dire à une domination politique étrangère ignorante du vrai Dieu. Adonaï, dont on vient de proclamer qu’il assure la protection de son peuple, ne saurait l’abandonner à des influences qui l’entraîneraient loin de lui dans l’idolâtrie et le paganisme.

Après un certain optimisme de sa première partie qui proclame une protection apparemment inconditionnelle de Dieu à son peuple, le psaume semble se faire plus réaliste. Deux mots presque synonymes marquent les vv 3-5 : shèvèt, sceptre, au v. 3 et mattè (vehammattim), bâton du voyageur : tous deux sont qualifiés négativement : le sceptre de méchanceté et les bâtons de perversité (‘aqalqal). Le « sceptre de la méchanceté », symbole du pouvoir des ennemis, menace bel et bien Israël ! Le v. 3 forme un chiasme avec les mots malfaisant – justes – justes – méchanceté (‘avelah : méchanceté, crime, injustice). On a en outre dans ces vv 3-5 un agencement concentrique A/B/A’. C’est le v. 4 qui en ressort, au centre, comme une supplication de salut, entre deux affirmations prophétiques de l’injustice des ennemis. Le contexte de ce psaume est donc politique et militaire. Demande est adressée à Adonaï de procurer le salut pour les cœurs bons et droits, de faire du bien à son peuple (v.4), et finalement de lui assurer la paix (v. 5d). Et pour cela, il va devoir repousser tous les sceptres étrangers et les envoyer avec les faiseurs de fausseté (haavèn, fausseté, iniquité), de manière à ce qu’ils n’exercent plus leur pouvoir politique et religieux qu’auprès de populations déjà empêtrées dans l’idolâtrie. La méchanceté ne va pas toujours régner dans le pays. Le pays est promis aux justes. C’est leur lot !

Ce qui ferait finalement l’unité entre les deux parties du psaume est le lien possible entre la Jérusalem du v. 2, dont le nom signifie « fondation de paix » et la bénédiction du v. 5d « Paix sur Israël » ! 

Pourquoi Dieu fait-il cette promesse ? « Afin que les justes ne tendent pas les mains vers l’injustice » (v. 3), afin qu’ils ne soient pas tentés de faire le mal comme les méchants. Les justes eux-mêmes sont menacés. L’ennemi n’est pas seulement à l’extérieur. Le bâton de la méchanceté évoqué ici est souvent ce qui peut faire tomber le juste dans la tentation.

Même à l’intérieur du peuple de Dieu, si certains s’appuient vraiment sur lui, d’autres ne le font pas. Même parmi les occupants de « la part des justes », il en est dont la vie est incohérente par rapport à leur foi, et leurs voies s’avèrent tortueuses. Ceux-là, le psaume demande que Dieu les traite selon leurs options déviantes sans retirer sa protection à son peuple et à ses « gens de bien ». En résumé, la prière à laquelle nous invite ce psaume pourrait être : « Seigneur, garde ta protection sur nous, sois notre soutien, viens en aide à notre faiblesse, car sans toi, nous pourrions nous laisser entraîner loin de toi. Nous pourrions nous laisser contaminer par des façons de voir et des façons de vivre non accordées à notre foi. Nous t’en prions, fais du bien à ceux qui sont bons et qui ont la droiture dans le cœur ! »

 


Psaume 115

Non pas à nous, Éternel, non pas à nous, Mais à ton nom donne gloire, A cause de ta bonté, à cause de ta fidélité!
Pourquoi les nations diraient-elles: Où donc est leur Dieu?
Notre Dieu est au ciel, Il fait tout ce qu’il veut.
Leurs idoles sont de l’argent et de l’or, Elles sont l’ouvrage de la main des hommes.
Elles ont une bouche et ne parlent point, Elles ont des yeux et ne voient point,
Elles ont des oreilles et n’entendent point, Elles ont un nez et ne sentent point,
Elles ont des mains et ne touchent point, Des pieds et ne marchent point, Elles ne produisent aucun son dans leur gosier.
Ils leur ressemblent, ceux qui les fabriquent, Tous ceux qui se confient en elles.
Israël, confie-toi en l’Éternel! Il est leur secours et leur bouclier.
Maison d’Aaron, confie-toi en l’Éternel! Il est leur secours et leur bouclier.
Vous qui craignez l’Éternel, confiez-vous en l’Éternel! Il est leur secours et leur bouclier.
L’Éternel se souvient de nous: il bénira, Il bénira la maison d’Israël, Il bénira la maison d’Aaron,
Il bénira ceux qui craignent l’Éternel, les petits et les grands;
L’Éternel vous multipliera ses faveurs, A vous et à vos enfants.
Soyez bénis par l’Éternel, Qui a fait les cieux et la terre!
Les cieux sont les cieux de l’Éternel, Mais il a donné la terre aux fils de l’homme.
Ce ne sont pas les morts qui célèbrent l’Éternel, Ce n’est aucun de ceux qui descendent dans le lieu du silence;
Mais nous, nous bénirons l’Éternel, Dès maintenant et à jamais. Louez l’Éternel!

Commençons par remarquer que, pour parler de Dieu, le psalmiste utilise trois termes : Adonaï, 10 fois, au v. 1, pour appeler à reconnaître la gloire du Dieu de bonté et de vérité, puis aux vv 9-16 pour inviter à lui faire confiance. Elohim apparaît deux fois aux vv 2-3, avec la question des nations ou des païens « où est-il leur Dieu ? » et la confession du psalmiste, « notre Dieu est dans le ciel », et surtout, ce qui le distingue des idoles, c’est qu’il s’agit d’un Dieu de désir (haphaz, avoir plaisir, désirer, vouloir). A la fin du psaume, on a une troisième manière de le nommer : Yah, 3 fois, aux vv 17-18, et dans une formulation bien connue pour conclure le psaume : Hallelou-Yah !

Le psaume est construit en chiasme : A vv1-2, B vv3-4, C vv5-8, C’ vv9-14, B’ vv15-16, A’ vv17-18. On peut donc rapprocher le début (v.1) et la fin (v.17). A la formule « non pas à nous… donne gloire », correspond « ce ne sont pas les morts qui feront gloire à Yah… mais nous, nous bénissons Yah… » On a d’abord une prière de demande, puis à la fin une auto-exhortation. Car Adonaï ne tire pas sa gloire des humains que nous sommes, mais de lui-même, dont les qualités premières sont la bonté (hèsèd) et la vérité (èmèt). Ce qui n’empêche pas les humains – les vivants et non pas les morts – de lui rendre gloire (17-18). On pourrait ajouter comme parallèle les deux usages du verbe donner (natan) : les humains sont invités à donner gloire au nom d’Adonaï (v.1) et de son côté Adonaï, pour qui est le ciel, a donné la terre aux fils de l’homme (16b).

Les vv3-4 et 15-16 ont en commun le mot ciel (chamaïm) et le verbe faire (assah). Dieu a créé l’univers entier et se réserve le ciel pour y habiter (v.16). En cela, les idoles, œuvres (maassé) inertes des mains humaines, lui sont incomparables. Le cosmos est l’œuvre du vrai Dieu ; alors que les idoles ne sont que l’œuvre des mains de l’homme.

Les vv 5-7 ont une structure claire, la formule revenant sept fois autour des organes des sens et de la mobilité : bouche (qui ne parle pas), yeux, oreilles, nez, mains, pieds, gorge (qui ne murmure pas). Sept fois la négation ve-lo, « et ne… pas » : manière de souligner le caractère absolu et total de l’inertie des idoles et d’affirmer, par contraste, un monothéisme absolu. Le passage s’achève par le constat : « Ceux qui les font seront comme elles. » Le verbe faire, que l’on a déjà rencontré (assah) revient au v. 8 pour évoquer le sort des fabricants d’idoles. Mais ce ne sont pas les seuls menacés ; ceux qui mettent leur confiance en elles les sont tout autant.

Aux vv 8 et 9, se produit le renversement du psaume autour de ce thème de la confiance (batah : avoir confiance). Ce qui permet de placer en opposition les vv 4-8 et 9-14 et de mettre en évidence l’enjeu de la confiance : à une confiance mal placée dans les idoles s’oppose la foi au vrai Dieu. Celui qui fait confiance aux idoles s’assimile à elles, subit la contagion de leur inertie, de leur stupidité, voire de leur néant. Alors que celui qui fait confiance à Adonaï trouve en lui un secours (ézèr), une protection (magén, bouclier) et une abondante bénédiction. Les répétitions de ces mots valent intensification.

La suite peut être divisée en deux sous-sections : d’abord autour du verbe batah, avoir confiance (9-11), dont nous venons de parler, puis autour du verbe barakh (12-14) : six bénédictions consécutives si l’on compte le « il en ajoutera » (yossef) du v. 14, comme un supplément de bénédictions : « il multipliera ses bénédictions sur vous et sur vos fils ! » Mais une autre traduction est possible : « Qu’Adonaï vous fasse croître, vous et vos fils ! » (Chouraqui, Jérusalem).

Aux vv 9-11 et 12-14 on a deux fois la mention d’Israël (ou maison d’Israël), de la maison d’Aaron, de « ceux qui craignent Dieu », la formule pouvant viser une catégorie de la population, les craignant-Dieu. Il s’agit de païens qui, proches du judaïsme hellénistique, sont attirés par son éthique, mais ne se sont pas convertis.

En 14b-16, on a une construction en chiasme : fils (banim 14b), ciel (chamaïm15b), ciel (chamaïm 16a), fils (banim 16b). Adonaï s’est réservé le ciel comme habitat et la terre, il l’a donnée aux fils de l’homme. C’est un don et elle doit être traitée comme telle, l’être humain a la responsabilité de la garder, de la protéger, d’en faire un habitat vivable pour les humains et pour toutes les autres créatures… et certainement aussi pour la gloire de Dieu. Il y a là une profonde motivation pour nous concernant la sauvegarde de la création et la conservation des différentes espèces d’être vivants, animaux et plantes. 

Les vv 17-18 reprennent donc, comme déjà souligné, la thématique du début qui devient donc la clé de lecture du psaume tout entier : hallal Yah (17a et 18c), rendre gloire à Yah : ce devoir de la doxologie n’est pas l’affaire des trépassés, ni de « ceux qui descendent le silence », qui doivent être les mêmes, mais celle de la communauté des vivants qui se rassemblent autour de mêmes convictions et de mêmes désirs (nous) : bénir et rendre gloire à Dieu !

Pourquoi le discours sur les idoles ? A l’époque du psalmiste, semble-t-il, on se situe en plein milieu païen… et le monde d’aujourd’hui n’en est pas moins touché par l’idolâtrie : les puissances de l’argent et du marché semblent intouchables. Mais le constat du psalmiste vaut encore pour aujourd’hui : tout cela repose sur la vacuité et mène à la vacuité !

 


Psaume 110

Parole de l’Éternel à mon Seigneur: Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.
L’Éternel étendra de Sion le sceptre de ta puissance: Domine au milieu de tes ennemis!
Ton peuple est plein d’ardeur, quand tu rassembles ton armée; Avec des ornements sacrés, du sein de l’aurore Ta jeunesse vient à toi comme une rosée.
L’Éternel l’a juré, et il ne s’en repentira point: Tu es sacrificateur pour toujours, A la manière de Melchisédek.
Le Seigneur, à ta droite, Brise des rois au jour de sa colère.
Il exerce la justice parmi les nations: tout est plein de cadavres; Il brise des têtes sur toute l’étendue du pays.
Il boit au torrent pendant la marche: C’est pourquoi il relève la tête.

Présenté comme une chanson de David, le psaume 110 n’est ni une prière ni une invocation adressée à Dieu. Peut-être s’agit-il d’un poème de cour adressé à un personnage dont on devine qu’il est le roi : Dieu intervient aux vv1.4 sous forme d’oracles ; l’auteur du psaume les commente et en dit les conséquences aux vv2.5a, puis montre au v.3 le point de départ du règne et aux vv5b-7 son point d’aboutissement. La première partie insiste sur la fonction royale, la seconde sur la fonction sacerdotale. Le psaume est traversé par deux thématiques : le pouvoir du roi-prêtre et la victoire sur ses ennemis qu’il doit à Adonaï.

La droite désigne la place d’honneur, celle qu’un personnage puissant attribue à quelqu’un qu’il associe à son pouvoir (Cf. certaines représentations égyptiennes où la pharaon, assis à la droite du dieu Horus, est adopté par lui et en reçoit le pouvoir). Le sceptre symbole de ce pouvoir qui se concrétise dans la promesse de victoire sur les ennemis.

Il y a trois mots communs, Yhwh, Adonaï, yamin (la droite) aux deux parties du psaume (1-2 et 4-5a). Alors que la première évoque la perspective d’une domination encore à venir, la seconde la décrit comme déjà réalisée, Adonaï ayant accompli (verbes au parfait) la promesse qu’il a faite au roi. Alors qu’au début, c’est le roi qui se tient à la droite d’Adonaï, les positions se renversent. C’est « mon Seigneur » (adonaï) qui se tient à la droite du roi-prêtre pour intervenir en sa faveur. Comme le combattant tient son bouclier de la main gauche, son côté droit est vulnérable s’il n’est pas protégé par Dieu. De symbole de pouvoir partagé, la droite devient alors un signe de protection, d’assistance et de secours. « Car il (Adonaï) se tient à la droite du pauvre » (Ps 109,31).

Le v.3 est un des versets les plus difficiles de tout l’Ancien Testament. La différence des traductions en témoigne. Liturgie catholique : « Le jour où paraît ta puissance, tu es prince, éblouissant de sainteté : ‘Comme la rosée qui naît de l’aurore, je t’ai engendré.’ » TOB : « Ton peuple est volontaire le jour où paraît ta force. Avec une sainte splendeur, du lieu où naît l’aurore te vient une rosée de jouvence. » Jérusalem : « À toi le principat au jour de ta naissance[1], les honneurs sacrés dès le sein, dès l’aurore de ta jeunesse. » Girard : « Ton peuple (a été rempli) de générosité au jour de ton enfantement dans les splendeurs du lieu-saint. De l’utérus de l’aurore (est venue) pour toi une rosée : (ce fut) ta naissance. » Bayard : « Ton peuple sera généreux au jour de la guerre. Dans la splendeur sainte au centre de l’aurore il est la rosée de ta jeunesse. »

On aurait en tout cas ici l’idée que l’intronisation du roi marquerait le jour de son adoption par Adonaï et serait donc symboliquement pour lui le jour de sa naissance. Il deviendrait fils du Dieu protecteur de la nation et celui de la matrice de l’Aurore fécondée par une rosée mystérieuse. Ce « au jour de ta naissance » fait pendant à l’expression « au jour de sa colère (v.5b ; moment eschatologique de l’anéantissement de tous les adversaires du nouveau roi). L’écrasement des rois ennemis et de leur peuple fait partie de l’idéologie royale du Proche-Orient ancien : faut-il vraiment écraser la tête de l’ennemi pour porter la tête haute (vv6-7) ? 

Le texte du v.4 est clair, mais c’est le contenu qui soulève des difficultés. Puisque le reste du psaume parle d’un roi, comment celui-ci peut-il être proclamé maintenant prêtre ? En Israël on a toujours soigneusement distingué les fonctions royale et sacerdotale et il n’y a jamais eu de roi-prêtre ! La mention mystérieuse de Melkisédeq pourrait évoquer une fusion entre l’idéologie royale et l’idéologie sacerdotale en une seule figure humaine, selon un récit de la Genèse (14,18-19) : « Et Melkisédeq, le roi (melek) et prêtre (cohen) du Dieu Très-Haut (El Elyon) à Salem apporta du pain et du vin et il bénit Abraham. » Il y a peut-être là le souhait de voir le nouveau roi prolonger la figure mythique de Melkisédeq, le roi de justice en qui coexistait pacifiquement la politique et la religion.

Ce psaume est celui qui est le plus souvent cité dans le Nouveau Testament (une vingtaine de fois). Sa lecture et son commentaire ont jalonné toute l’histoire de l’Eglise. Les chrétiens ont évoqué à partir de ses termes la session de Jésus ressuscité à la droite du Père (ascension, v.1b), la diffusion de la puissance de l’évangile à partir de Jérusalem (v.2ab), l’écrasement sans merci de l’ennemi par excellence, la mort (v.2c ; 5b-6 ; 1 Co 15,26-27), la naissance céleste à l’aurore du matin de Pâques (v.3), l’entrée de l’unique grand-prêtre dans le Saint des saints du Temple céleste (v.4cd ; voir Hébreux 5-7), l’accès aux sources d’eau, symbole de la vie éternelle partagée avec le Père (v7), et le relèvement de la tête comme signe de victoire sur le mal, le péché et la mort (v.7b). Jésus devient alors le point de rencontre critique de toutes les royautés et de tous les sacerdoces.

Jésus, qui voulait poser une colle aux pharisiens, leur a demandé de donner une interprétation juste de notre psaume (Mc 12,35-37//). Comment celui qui est fils de David, donc né de David, peut-il être en même temps le Seigneur de David ?  Tous sont restés silencieux, incapables de dire un mot ! Les commentateurs ont été beaucoup plus diserts ! Il se réfère aussi au v.1 lors de son procès pour affirmer la souveraineté du Fils de l’homme sur le monde entier (Mt 26,64//).

Avec pour titre Dixit Dominus, le texte latin de notre psaume a été mis en musique par de nombreux compositeurs, comme Tomás Luis de Victoria au 16e siècle. Au 17e Claudio Monteverdi l’intègre dans ses Vêpres de la Vierge (1610) et dans sa Selva morale e spirituale (1640). Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) le met en musique à six reprises (H 153, H 190, H 197, H 197 a, H 202, H 202a, H 204, H 226). Puis au 18e, ce sont Michel-Richard de Lalande (1708) et Henry Desmarest (1707), puis Georg Friedrich Haendel (1707). Alessandro Scarlatti (1720-21), Pietro Paulo Bencini (1721), Antonio Vivaldi (RV 594, 1730), Baldassarre Galuppi (1775), Mozart (1779), Michael Haydn (1782)…

L’obélisque noir (découvert en 1846) : stèle de victoire de l’empereur assyrien Salmanazar qui montre le tribut reçu du roi Jéhu, roi d’Israël (841-814), auteur d’un putsch contre la maison des Omrides, prosterné en signe de soumission.

[1] hvl est une racine polysémique. Les massorètes ont vocalisé hêlekâ, ta puissance. Mais on peut aussi lire hylekâ, ton enfantement, ta naissance.