Ecoute de la Bible au cœur de l’actualité

Une équipe de la paroisse et de l’Espace vous propose un temps hebdomadaire de chants, de prière et de méditation autour du livre de livre de l’Apocalypse. Nous nous réunissons au temple, dans la chapelle des évangélistes. Bienvenue à chacun !

Textes rédigés par Jean-Pierre Zurn


Les autres textes


Méditation autour de l’Evangile de Jean
Première partie: Ch. 1 à 12 ( Evangile de Jean, première partie (124 téléchargements) )
Deuxième partie: Ch. 13 à 21 ( Evangile de Jean, deuxième partie (32 téléchargements) )


Méditation autour de l'épître aux Ephésiens (28 téléchargements)
Méditation autour de la première épître aux Corinthiens (18 téléchargements)
Méditation autour du livre de l’Apocalypse - 1ère partie, Chap. 1 à 13 (un téléchargement)

Ap 16: Les sept coupes

Je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, ayant un Évangile éternel, pour l’annoncer aux habitants de la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue, et à tout peuple. Il disait d’une voix forte: Craignez Dieu, et donnez-lui gloire, car l’heure de son jugement est venue; et adorez celui qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et les sources d’eaux. Et un autre, un second ange suivit, en disant: Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande, qui a abreuvé toutes les nations du vin de la fureur de son impudicité! Et un autre, un troisième ange les suivit, en disant d’une voix forte: Si quelqu’un adore la bête et son image, et reçoit une marque sur son front ou sur sa main, il boira, lui aussi, du vin de la fureur de Dieu, versé sans mélange dans la coupe de sa colère, et il sera tourmenté dans le feu et le soufre, devant les saints anges et devant l’agneau. Et la fumée de leur tourment monte aux siècles des siècles; et ils n’ont de repos ni jour ni nuit, ceux qui adorent la bête et son image, et quiconque reçoit la marque de son nom. C’est ici la persévérance des saints, qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus. Et j’entendis du ciel une voix qui disait: Écris: Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs oeuvres les suivent.

Nous n’en avons pas encore fini avec la colère. Du sanctuaire vient une grande voix qu’on peut supposer être celle de Dieu, et elle ordonne aux sept anges que nous avons vus vêtus de lin fin, portant des fléaux et recevant des coupes, d’aller verser les coupes de la fureur de Dieu sur terre. L’un après l’autre, les sept anges vont accomplir le geste demandé. Après les sceaux et les trompettes, c’est le dernier septénaire. La 7ème trompette a déjà sonné l’heure de la fin, mais on constate que la fin ne finit pas de finir !

Pour l’instant, les trois premières coupes produisent des effets qui font encore penser aux plaies d’Egypte. La première touche la terre et les humains, en particulier les adorateurs de la Bête, leur inoculant une grave maladie de peau qui fait penser à celle que Job a subie. La seconde coupe est versée sur la mer, et le sang qui y abonde, qui devrait symboliser la vie, rend impossible toute vie. La troisième est destinée aux fleuves et aux sources qui se transforment aussi en sang. Ces fléaux ne sont plus les plaies destinées à fléchir Pharaon en vue de la libération des esclaves. Ils font partie des calamités à interpréter comme les signes de la fin.   

L’ange des eaux chante alors qu’il reconnaît enfin la justice de Dieu, « le Etant, le Il-était et le Vénérable. » Ce n’est plus Celui qui vient, car justement il est là, à l’œuvre. Il juge la terre et ses habitants humains, la mer et les fleuves qui ont versé le sang des saints et des prophètes. C’est du sang que Dieu donne à boire à ces meurtriers : œil pour œil, dent pour dent ! Ils en étaient dignes, ils le méritaient. Et l’autel lui-même prend la parole – au nom des âmes des saints qui sont sous l’autel – pour confirmer ce qui vient d’être dit : « Oui, Seigneur Dieu tout puissant, véridiques et justes sont tes jugements ! »

Le quatrième et cinquième coupes sont versées sur le soleil et sur le trône de la Bête. La proximité de ces deux réalités – l’éclat du soleil et la gloire du pouvoir – est évidente. Dans la Rome antique, le « Sol invictus » était une divinité dont le culte s’est développé au 1er siècle de notre ère. Le culte de Mithra a probablement été introduit à Rome par l’intermédiaire des soldats revenus des campagnes d’Orient. Dans le mythe, le Soleil donne l’ordre à Mithra de sacrifier un taureau afin de redonner au monde la force vitale, et, après un banquet, le Soleil devenu Invictus, invaincu et invincible, repart vers le ciel dans son char solaire. On fête la naissance de Mithra, ce jeune dieu solaire qui surgissait d’un rocher ou d’une grotte sous la forme d’un enfant nouveau-né, le 25 décembre !

Les humains qui blasphèment ainsi le nom de Dieu au lieu de lui donner gloire subissent des brûlures et des souffrances à s’en mordre la langue. Mais Dieu est « Celui qui a autorité sur les fléaux » ; ce n’est pas tant celui qui envoie le malheur que celui qui a autorité pour conduire sur un chemin de vie ceux qui se repentent. Pourtant ceux qui sont visés ne se repentent pas ! Au contraire ils accusent le Dieu du ciel d’être l’auteur de ces maux.

La sixième coupe est versée sur l’Euphrate qui se dessèche et ouvre la voie à des rois venant d’Orient (le « levant du soleil », l’Anatolie). Alors sortent de la bouche du Dragon, de la bouche de la Bête et de celle du Faux-Prophète des esprits impurs qui ressemblent à des grenouilles. Pour de nombreuses cultures, dont celle de l’empire romain, la formidable puissance symbolique de la grenouille est évocatrice du monde des morts, jusque dans les périodes médiévale et moderne, au cœur des cathédrales et des memento mori. Le rôle de ces esprits des démons consiste à faire des signes, des prodiges, pour attirer et rassembler les rois de toute la terre habitée (oikoumènè), en vue de la guerre du grand jour du Dieu Tout-Puissant (Pantokrator). On comprend qu’ils se préparent à la guerre, ce qui explique l’intervention d’une parole différente : « Oui, je viens comme un voleur ! » Ce « je » précise l’identité de celui qui va mener la guerre. Cette parole rappelle celle de la lettre à l’Eglise de Philadelphie : « Je viens vite ! Tiens ferme ! » On peut donc y lire un avertissement aux croyants. Dans ce temps de préparation à la guerre finale où tout peut chavirer, il s’agit de veiller et de garder ses vêtements pour ne pas être déshonoré. La béatitude (makarios), est là pour fortifier le lecteur et lui permettre de ne pas sombrer, mais de ne pas être surpris par la venue du voleur et de résister. Car les grands rois de la terre sont rassemblés à Harmagedon pour préparer l’invasion et le combat final. On ne trouve pas ailleurs dans la Bible ce nom d’Harmagedon. On peut le traduire par montagne (Har) de Megiddo, une place forte sur la route de la Galilée, lieu de guerres où périrent de nombreuses armées.

La septième coupe est versée sur l’air, ou dans les airs. Une grande voix sort du temple, du trône de Dieu lui-même et exprime quelque chose de lui : « C’est advenu ! C’est fait ! » Ce qui était annoncé précédemment se réalise : Le mystère de Dieu arrive à son accomplissement (10,7). C’est le côté négatif du Jugement : il marque la fin de l’idolâtrie et de l’injustice. Mais ce même Jugement aura aussi, a aussi un aspect positif : « Et celui qui siège sur le trône dit : ‘Voici, je fais toutes choses nouvelles.’ Puis il dit : ‘Ecris : ces paroles sont certaines et véridiques.’ Et il me dit : ‘C’est arrivé ! C’est fait !’ » C’est la même exclamation ! L’œuvre divine a deux aspects inextricablement liés, bien que la raison et le langage ne puissent les exprimer que successivement. Au moment où nous en sommes de la lecture, sous le coup des catastrophes qui se succèdent et semblent boucher complètement l’horizon, il faut se le rappeler. Pour en suivre la lecture, on est obligé de découper des tranches dans le texte, mais l’Apocalypse est un tout et débouche sur l’espérance d’une recréation de toutes choses ! Mais pour l’instant tous les phénomènes naturels les plus violents qui accompagnent les théophanies se succèdent. C’est la fin pour les cités des nations, les îles et les montagnes, ce le sera bientôt pour Babylone. Des grêlons du poids d’un talent, 20 à 30 kilos, tombent sur les humains qui se mettent à blasphémer, accusant Dieu le les soumettre à des épreuves redoutables.


Ap 15: Sept anges et derniers fléaux

Puis je vis dans le ciel un autre signe, grand et admirable: sept anges, qui tenaient sept fléaux, les derniers, car par eux s’accomplit la colère de Dieu. Et je vis comme une mer de verre, mêlée de feu, et ceux qui avaient vaincu la bête, et son image, et le nombre de son nom, debout sur la mer de verre, ayant des harpes de Dieu. Et ils chantent le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu, et le cantique de l’agneau, en disant: Tes oeuvres sont grandes et admirables, Seigneur Dieu tout puissant! Tes voies sont justes et véritables, roi des nations! Qui ne craindrait, Seigneur, et ne glorifierait ton nom? Car seul tu es saint. Et toutes les nations viendront, et se prosterneront devant toi, parce que tes jugements ont été manifestés. Après cela, je regardai, et le temple du tabernacle du témoignage fut ouvert dans le ciel. Et les sept anges qui tenaient les sept fléaux sortirent du temple, revêtus d’un lin pur, éclatant, et ayant des ceintures d’or autour de la poitrine. Et l’un des quatre êtres vivants donna aux sept anges sept coupes d’or, pleines de la colère du Dieu qui vit aux siècles des siècles. Et le temple fut rempli de fumée, à cause de la gloire de Dieu et de sa puissance; et personne ne pouvait entrer dans le temple, jusqu’à ce que les sept fléaux des sept anges fussent accomplis.

 
Guidés par le visionnaire, nous voici à nouveau invités à observer le ciel qu’il voit. Il y a là un signe grand et admirable ! C’est le troisième de ce genre, après l’apparition de la femme drapée de soleil sur le point d’enfanter, premier signe, et le second, le déchaînement de co-lère du Dragon qui tente d’éliminer l’enfant à la naissance et n’y parvient pas. Maintenant sept anges apparaissent, portant sept fléaux, les derniers. En fait, le mot est à double sens : il peut désigner l’outil du moissonneur, mais aussi la blessure qu’un tel outil peut infliger ; on peut aussi le traduire par « plaies », en référence avec les plaies d’Egypte, les actions que le Seigneur a entreprises pour obtenir la libération de son peuple. Dans les révélations finales, on en est alors à l’étape des dernières plaies.

On sait que le fléau est un outil dont se servaient autrefois les paysans pour battre les épis de blé et en extraire les grains. Il est en lien avec l’image de la moisson et du tri entre bon grain et ivraie. Si ces anges avec leurs fléaux sont menaçants, c’est que la fureur de Dieu a été achevée, qu’elle a atteint sa plénitude. L’expression peut soit focaliser l’attention sur un ex-cès – la fureur a atteint son paroxysme –, soit simplement signifier que son déchaînement est bientôt terminé. Quoi qu’il en soit, cette colère est provoquée en Dieu par l’absence de jus-tice dans le monde et l’oppression que subissent les siens. Le mal a atteint de telles propor-tions qu’il s’agit d’employer les grands moyens pour l’éliminer ! Mais, rappelons-le, le juge-ment n’est qu’un aspect de la libération. C’est la raison pour laquelle le signe est déclaré grand et merveilleux (thaumastos, étonnant, sortant de l’ordinaire, miraculeux).

Nous avons déjà vu une mer de verre semblable à du cristal devant le trône de Dieu (4,6). Ce rappel indique que les vainqueurs de la bête qui se tiennent debout sur la mer vitrifiée mêlée de feu se tiennent en fait tout près de Dieu. Accompagnés de cithares, les cithares de Dieu, ils chantent ! Contraste étonnant entre tout ce que vient d’évoquer le déchaînement de la fureur de Dieu – les violences du monde sous l’emprise de la bête et la menace des fléaux – et ce qui se passe au ciel dans le clame et la joie d’une liturgie qui s’exprime par le chant. Ce chant est composite : il reprend tout d’abord le cantique de Moïse, le serviteur de Dieu qui, après la traversée de la mer qui a libéré le peuple du tyran égyptien, a célébré dans une grande allé-gresse son libérateur (Ex 15) : « Je chante pour le Seigneur, car il s’est couvert de gloire, il a jeté à la mer cheval et cavalier ! » Mais à ce cantique à connotation guerrière est associé le cantique de l’Agneau. C’est pour en transformer profondément la signification. On se sou-vient que l’Agneau égorgé a été proclamé vainqueur et digne d’ouvrir le livre scellé. Il est figure d’une résistance non violente, d’un don de soi assumé jusqu’à la mort, qui donne une nouvelle image de la traversée de la mer et de la libération. On ne chante plus la puissance des armes et des chevaux qui a été engloutie dans la mer : on chante l’amour vainqueur des puissants de ce monde. Dans les paroles de la liturgie céleste, la gloire et la sainteté de Dieu manifestées par les œuvres admirables de l’Agneau lui valent un nouveau titre, « roi des na-tions », car ses actes de justice – qui sont précisément l’expression d’un amour et d’une ou-verture à toutes les nations – ont été manifestés. Qui ne serait pas saisi de crainte et d’admiration ? Qui ne glorifierait pas ? Dieu et l’Agneau seront reconnus et salués par tous, parce que leurs actes de justice sont en fait ce qu’attendent et espèrent tous les humains qui souffrent de toutes sortes d’injustices et d’oppressions ! Il y a là l’idée, voire l’espérance d’une conversion possible de toutes les nations. Invitation discrète aux chrétiens à ne pas condamner trop vite les nations. Leur témoignage présuppose cette possibilité pour tout hu-main de répondre à l’offre gracieuse de Dieu.

Et voici que les anges vont passer à l’action ! Le temple céleste, celui de la tente de témoi-gnage qui rappelle la marche au désert et la présence de Dieu parmi son peuple, ce temple s’ouvre pour frayer le passage aux sept anges et à leurs fléaux qui vont manifester la fidélité de Dieu à son alliance. Ils sont en tenue d’apparat : vêtement de lin pur et lumineux, ceinture d’or ! Et ils reçoivent chacun sept coupes de la main d’un des quatre vivants. Ces coupes sont pleines, lourdes du poids de la fureur de Dieu, celui qui est vivant pour les siècles des siècles. Des coupes ont déjà été mentionnées, tout d’abord dans la vision lors de laquelle l’Agneau a pris le livre scellé. Vivants et Anciens sont tombés devant lui, tenant chacun une cithare et des coupes d’or pleines de parfums qui représentent les prières des saints (5,8). On pense évidemment que la mention de la coupe de la colère au chapitre qui précède le nôtre, qui vise les adorateurs de la bête, est à comprendre comme un exaucement de la prière des saints. La multiplication des coupes va maintenant dans ce sens.

Mais la vision s’arrête là. Pour l’instant, on n’en saura pas plus au sujet du temple puisqu’un voile de fumée le rend inaccessible. Ce n’est pas une simple fumée, c’est la fumée de la gloire de Dieu et de sa puissance, un voile impénétrable qui bloque l’accès au temple jusqu’à ce que les sept anges aient accompli leur mission. Un phénomène analogue s’était produit lors de l’inauguration de la tente de la rencontre par Moïse : « La nuée couvrit la tente de la rencontre et la gloire du Seigneur remplit la demeure. Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente de la rencontre car la nuée y demeurait, et la gloire du Seigneur remplissait la de-meure » (Ex 40,34-35).
Fumée et nuée préservent ainsi le mystère et la sainteté de Dieu. Ce qui va se passer alors que la vision du temple s’estompe est l’accomplissement des actes de justice destinés à attester la fidélité de Dieu à son alliance.


Ap 14,14-20 Moisson et vendange

Je regardai, et voici, il y avait une nuée blanche, et sur la nuée était assis quelqu’un qui ressemblait à un fils d’homme, ayant sur sa tête une couronne d’or, et dans sa main une faucille tranchante. Et un autre ange sortit du temple, criant d’une voix forte à celui qui était assis sur la nuée: Lance ta faucille, et moissonne; car l’heure de moissonner est venue, car la moisson de la terre est mûre. Et celui qui était assis sur la nuée jeta sa faucille sur la terre. Et la terre fut moissonnée. Et un autre ange sortit du temple qui est dans le ciel, ayant, lui aussi, une faucille tranchante. Et un autre ange, qui avait autorité sur le feu, sortit de l’autel, et s’adressa d’une voix forte à celui qui avait la faucille tranchante, disant: Lance ta faucille tranchante, et vendange les grappes de la vigne de la terre; car les raisins de la terre sont mûrs. Et l’ange jeta sa faucille sur la terre. Et il vendangea la vigne de la terre, et jeta la vendange dans la grande cuve de la colère de Dieu. Et la cuve fut foulée hors de la ville; et du sang sortit de la cuve, jusqu’aux mors des chevaux, sur une étendue de mille six cents stades.

Voici une nouvelle scène de jugement, en deux tableaux qui paraissent parallèles, mais qui en fait sont à l’exact opposé l’un de l’autre. Les images de la moisson et de la vendange sont fréquentes dans la Bible. Pour ces deux opérations, le même outil est utilisé, une faucille bien acérée. Les deux faucilles sont tenues dans la main d’un personnage céleste. Mais les deux porteurs n’ont ni le même statut ni la même fonction.

Le premier est semblable à un fils d’homme, assis sur une nuée blanche. Il a sur la tête une couronne d’or – symbole de royauté ou de victoire – et dans sa main cette faucille acérée. Il ressemble au personnage grandiose et mystérieux qui s’est présenté au début du livre à Jean de Patmos (1,12ss) et l’expression « comme un fils d’homme » qui le désigne renvoie à une vision de Daniel que nous avons déjà rencontrée : « J’étais en train de voir dans mes visions de la nuit, et voici qu’avec les nuées du ciel venait comme un fils d’homme… et il lui fut donné souveraineté, gloire et royauté, les gens de tous peuples, nations et langues le servaient. » (Dn 7,13-14) Ce « fils d’homme » reçoit de Dieu une souveraineté et une royauté éternelles sur les nations. Tout laisse à penser qu’à l’instar des évangiles, le voyant de l’Apocalypse évoque avec cette figure du fils d’homme Jésus Christ ressuscité, mais ce n’est pas dit explicitement, les lecteurs sont laissés à leur liberté et à leur responsabilité d’interprètes. La révélation laisse ouvert le mystère. Ce qui est sûr, c’est que l’autre porteur de faucille n’est pas du même rang que le premier et cela n’est pas sans importance. Si pour la moisson, c’est un fils d’homme qui jette la faucille, il n’en va pas de même pour la vendange : le détenteur de la faucille, dans ce second tableau, est un autre ange sorti du sanctuaire céleste.

Les images de la moisson et de la vendange sont certainement puisées dans le livre de Joël : « Que les nations s’éveillent et montent vers la vallée de Josaphat (le mot signifie « le Seigneur juge »), car là je siégerai pour juger toutes les nations d’alentour. Jetez une faucille car la moisson est mûre ; venez fouler car le pressoir est plein et les cuves débordent, car leur mal est abondant ! » (4,12-13) Nous l’avons déjà exprimé à plusieurs reprises, la résurrection du Christ apparaît dans l’Apocalypse comme l’événement qui bouleverse complètement la manière humaine d’envisager le temps. Le rôle de cette double vision serait justement de montrer qu’aussi bien pour les fidèles que pour les idolâtres, le jugement annoncé par Joël est déjà en train de se réaliser dans le cours de l’histoire, même si la victoire définitive ne sera remportée qu’après coup, avec les ch. 19-20.

Un ange sorti du temple céleste va donner, de la part de Dieu, l’ordre à celui qui est comme un fils d’homme de jeter sa faucille pour moissonner, car l’heure est venue, le blé est sec, mûr. Il s’agit alors d’interpréter ce geste comme celui du rassemblement des élus. Plusieurs textes évangéliques confirment cette lecture : « la moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers… Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » (Mt 9,17-38 ; cf. aussi Mc 4,29, la semence qui pousse toute seule). Ainsi se confirme l’idée que le jugement dernier, pour les chrétiens, n’est que leur rassemblement dans un peuple qui a son lieu au ciel aussi bien que sur la terre. Notons qu’aussitôt que la faucille est jetée la terre est moissonnée : cette succession des événements indique que c’est vraiment l’œuvre de Dieu !

Après la moisson vient la vendange. Comme nous l’avons noté, elle n’est pas effectuée par celui qui est comme un fils d’homme, mais par un autre ange sorti du sanctuaire céleste. C’est bien un exécuteur de la volonté divine, mais il n’a pas la stature du premier et, par rapport à celui qui rassemble les élus, il est plutôt chargé des basses besognes ! Un ange venant de l’autel où il a la charge de surveiller et d’utiliser le feu crie à celui qui tient la faucille de la jeter pour vendanger la terre. On se souvient que cet autel est celui sous lequel les cris des martyrs réclament justice (6,9-10), celui où brûlent les prières des saints (8,25).

La vendange intervient aussi prestement que la moisson, mais si rien n’est décrit de la moisson, on s’attarde quelque peu sur la vendange jetée dans la grande cuve de la fureur de Dieu. Elle est foulée en dehors de la ville, là où s’exécutent les jugements, et notamment, selon l’épître aux Hébreux, où a eu lieu l’exécution de Jésus. Il en sort du sang – le sang de la vigne – en quantité telle qu’il en arrive jusqu’aux mors des chevaux qui risquent de s’y noyer et sur une surface de mille six cents stades, une démultiplication du chiffre quatre qui indique que le Jugement prend des proportions universelles. La violence de ces images n’est pas nouvelle dans l’Apocalypse. On a déjà vu qu’elle constituait une sorte de riposte à celle que les humains se font subir les uns aux autres à longueur d’histoire et montrait que Dieu s’impliquait ainsi dans le rétablissement de la justice.

Mais en définitive, le développement des deux symboliques n’est pas parallèle : en raison du personnage qui l’exécute, il y a insistance sur la moisson, tandis que la vendange est confiée à un ange subalterne, la condamnation n’étant que la contrepartie du jugement et du rassemblement des élus dans un monde où règne la justice.    


Ap 14,6-13: Le jugement

Je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, ayant un Évangile éternel, pour l’annoncer aux habitants de la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue, et à tout peuple. Il disait d’une voix forte: Craignez Dieu, et donnez-lui gloire, car l’heure de son jugement est venue; et adorez celui qui a fait le ciel, et la terre, et la mer, et les sources d’eaux. Et un autre, un second ange suivit, en disant: Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande, qui a abreuvé toutes les nations du vin de la fureur de son impudicité! Et un autre, un troisième ange les suivit, en disant d’une voix forte: Si quelqu’un adore la bête et son image, et reçoit une marque sur son front ou sur sa main, il boira, lui aussi, du vin de la fureur de Dieu, versé sans mélange dans la coupe de sa colère, et il sera tourmenté dans le feu et le soufre, devant les saints anges et devant l’agneau. Et la fumée de leur tourment monte aux siècles des siècles; et ils n’ont de repos ni jour ni nuit, ceux qui adorent la bête et son image, et quiconque reçoit la marque de son nom. C’est ici la persévérance des saints, qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus. Et j’entendis du ciel une voix qui disait: Écris: Heureux dès à présent les morts qui meurent dans le Seigneur! Oui, dit l’Esprit, afin qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs oeuvres les suivent.

Si les deux bêtes donnent encore l’impression de dominer le monde, le voyant vient de rappeler que, dès maintenant, les fidèles sont en communion avec l’agneau et constituent dans ce monde la part que Dieu s’est acquise et sur laquelle il veille. Voici une nouvelle vision où interviennent successivement trois anges, plus une voix dans le ciel…

Le premier de ces anges, présenté comme un nouvel ange, vole au milieu du ciel, au zénith et voit donc le monde du meilleur des points de vue. Ce qu’il annonce est une bonne nouvelle, un évangile, et même une bonne nouvelle éternelle qui s’adresse à « ceux qui sont assis sur la terre ». Cette expression rappelle une citation d’Esaïe que l’on trouve au ch. 4,16 de l’évangile de Matthieu : « le peuple qui est assis dans les ténèbres a vu une grande lumière et pour ceux qui sont assis dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée sur eux. » Etre assis, dans ce contexte, même si c’est par ailleurs la position de Dieu, le siégeant sur le trône, ou de tout enseignant « ex cathedra », a un sens différent et s’oppose à être debout et en marche ; le verbe comporte l’idée de découragement, d’impuissance et de passivité. La bonne nouvelle s’adresse donc à tous ceux qui ont perdu ressort et courage, dont l’horizon est bouché, qui ne trouvent plus sens à ce qu’ils vivent. Et, selon une expression que nous connaissons, elle concerne l’univers entier : toute nation, toute tribu, toute langue, tout peuple.

Cette bonne nouvelle a deux aspects : c’est d’abord un appel craindre Dieu et à lui rendre gloire, ce qui dans le contexte de l’idolâtrie qui sévit dans le monde, ne signifie pas le redouter, mais le reconnaître comme le Tout-Autre, seul digne d’être glorifié, car, comparé aux idoles et aux grands hommes qui tentent de se faire passer pour divins, Dieu seul a du poids et de la consistance ou de la solidité sur laquelle on puisse s’appuyer et fonder sa vie (c’est le sens du mot vérité, èmèth). L’autre partie de la bonne nouvelle c’est que l’heure du jugement est venue ! Et c’est donc une bonne nouvelle !

A l’originel, l’espérance du Jugement dernier était l’espérance des victimes de l’histoire universelle en la victoire de la justice divine sur les pouvoirs oppresseurs et leurs meurtriers. La conversion de Constantinien et l’adoption du christianisme par l’empire romain a changé la donne : on n’y a plus vu que le jugement d’un Dieu qui, à l’image du pouvoir judiciaire des empereurs, menaçait de châtier les coupables, insistant souvent sur les péchés individuels. Cela a répandu dans le monde un poison étouffant l’espérance des humbles. Il est temps, aujourd’hui, de redécouvrir l’Evangile du jugement, tel que le présente l’Apocalypse, et la joie que suscite la venue de la justice de Dieu.

A la suite de Dietrich Bonhoeffer, le théologien Jürgen Moltmann propose de distinguer les réalités avant-dernières des réalités dernières. Pour lui, la question du jugement divin appartient aux réalités avant-dernières. De même que ce n’est pas le péché qui est pas la réalité première de la création, mais la bénédiction originelle, de même aussi ce n’est pas le jugement qui serait alors la réalité dernière, mais la bénédiction définitive de la création dans laquelle la justice serait rétablie. Il faut passer par une réflexion sur le sens de la Croix. Dans le Crucifié nous reconnaissons que le Juge universel est devenu pour nous celui qu’on s’est permis de juger. C’est en lui que l’on peut comprendre que la justice, lors du jugement dernier, restaurera ce monde ruiné et remettra toutes choses « droit ». Ce n’est pas une justice qui récompense ou qui punit, c’est une justice qui établit le droit, qui remet en ordre, qui justifie… C’est la justice créatrice de Dieu, manifestation universelle et achèvement de l’œuvre de salut de Jésus-Christ. Le Jugement dernier n’est pas une fin, mais un commencement. Son but est la restauration de toutes choses en vue de l’édification du royaume éternel de Dieu. Le Jugement dernier n’est donc pas une réalité terrifiante mais, dans la vérité du Christ, il est la réalité la plus admirable qui puisse être annoncée aux hommes. Source d’une joie infiniment consolante ! La bonne nouvelle du jugement est une invitation à se prosterner devant le Créateur de toute chose !

Un autre ange intervient alors pour proclamer que Babylone la grande est tombée ! Ce qui sera repris au ch. 18 ! Mais le voyant n’a pas de préoccupation chronologique ! Il dit ici la délivrance des nations – cf. les expressions précédentes – de l’ivresse qu’a provoquée le vin de sa prostitution, comme si l’idolâtrie était une addiction comparable à l’ivrognerie. Avec la chute prévue de Babylone, ce genre d’addiction à l’idolâtrie peut être combattue et guérie !

Le troisième ange est porteur d’une annonce autrement plus cruelle : Dieu réserve aux idolâtres une autre boisson, le vin de sa fureur, qui n’est plus euphorisante ou grisante, mais qui, à l’instar du feu, consume et purifie, l’impur partant en fumée. L’avertissement concerne ceux qui adorent la bête et son image et portent sa marque sur le front ou sur la main, donc tous ceux qui sont compromis à l’époque dans le culte impérial. Et ce jugement est en train de s’accomplir.

Sans transition – le « ici » est un peu abrupt : peut-être signifie-t-il simplement « au point où nous en sommes » alors que le jugement est là – est reconnue et recommandée la persévérance des saints qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus. C’est un appel à une résistance endurante…

Et de nouveau un ordre vient d’une voix céleste : Ecris ! Et c’est une nouvelle béatitude : « Heureux dès maintenant les morts qui meurent dans le Seigneur ! » Dès à présent : avant même que la bonne nouvelle du jugement et la victoire de l’agneau ne s’accomplissent. Certes, on meurt encore dans ce monde qui attend sa délivrance et croire ne dispense pas de la mort. Mais la mort n’empêche pas d’être heureux, parce qu’elle ne sépare pas du Seigneur. La tristesse peut ainsi être retournée en confiance. Ce que l’Esprit confirme avec force : Oui ! Ils peuvent alors se reposer de leurs peines, fatigues, épreuves et souffrances. On pense alors aux vers de Rilke : « Seigneur, donne à chacun sa propre mort, qui soit vraiment issue de cette vie où il trouva l’amour, un sens et sa détresse. » Finalement on peut souhaiter que la mort de chacun, de chacune, soit une mort qui lui appartienne, parce que née de lui, d’elle comme une œuvre, comme le fruit mûr de sa vie…


Ap 14,1-5: L’agneau et les rachetés

Je regardai, et voici, l’agneau se tenait sur la montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes, qui avaient son nom et le nom de son Père écrits sur leurs fronts. Et j’entendis du ciel une voix, comme un bruit de grosses eaux, comme le bruit d’un grand tonnerre; et la voix que j’entendis était comme celle de joueurs de harpes jouant de leurs harpes. Et ils chantaient un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre êtres vivants et les vieillards. Et personne ne pouvait apprendre le cantique, si ce n’est les cent quarante-quatre mille, qui avaient été rachetés de la terre. Ce sont ceux qui ne se sont pas souillés avec des femmes, car ils sont vierges; ils suivent l’agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d’entre les hommes, comme des prémices pour Dieu et pour l’agneau; et dans leur bouche il ne s’est point trouvé de mensonge, car ils sont irrépréhensibles.

Dans ce monde dominé par les deux bêtes qui usent de tous les moyens – séduction, menaces, coercition – pour s’assurer de la fidélité de la population, qu’en est-il des chrétiens qui refusent de participer à l’idolâtrie générale ? C’est à cette question que répond notre chapitre qui rend compte d’une nouvelle vision reprenant certains éléments des précédentes. Tout d’abord l’agneau, celui qui a été jugé digne d’ouvrir le livre scellé – pour mémoire, il a sept cornes et sept yeux ! – et qui garde les traces de son égorgement. Ici il est debout, ressuscité, sur la montagne de Sion, le lieu où, selon le prophète Joël, seront rassemblé ceux que Dieu épargnera au jour du jugement, le lieu de la manifestation finale du salut : « Alors, quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé (échappera) ! » (Jl 3,5) Les 144000 – un nombre déjà rencontré – échapperont ainsi à la domination des bêtes, rassemblés et protégés par Dieu autour de l’agneau. Il faut bien comprendre que les chrétiens qui vivent sous Domitien et qui restent fidèles sont comptés dans ces 144000. Le visionnaire les voit déjà bénéficier du salut, même si, en même temps, il laisse entrevoir que leur fidélité les conduira peut-être à souffrir le martyre. Mais de toute manière ils appartiennent déjà au Seigneur, comme l’indiquent les noms de l’agneau et de son Père qu’ils portent sur le front (en grec, « écrit » est au singulier, comme si les deux noms n’en faisaient qu’un). Ils sont à lire comme une marque d’appartenance. Les 144000 n’appartiennent plus au monde et à son empire, mais à Dieu et la vision les confirme dans le fait que cela ne sera pas remis en question ; dès lors, ils peuvent affronter avec courage et persévérance le mépris, le rejet et peut-être même la condamnation de la société et le martyre ; leur avenir est ailleurs !

En résumé, dans ce passage « il est question du peuple de Dieu, de sa fidélité malgré l’action menaçante des bêtes, de la sollicitude de Dieu à leur endroit : dès maintenant et à jamais ils sont dans la communion de l’agneau au lieu où Dieu a promis d’intervenir à la fin pour manifester sa grâce salvatrice » (Prigent).

Intervient alors une voix du ciel dont la puissance et la majesté disent la provenance ; mais son seul caractère n’est pas là : la voix est avant tout aussi douce et harmonieuse que la musique d’une harpe qui accompagne les chants. On a donc affaire à une célébration liturgique qui, cette fois, n’est plus celle des anciens et des vivants qui n’en sont maintenant que les auditeurs, mais celle de la foule des 144000, seule capable d’apprendre le cantique nouveau qui est chanté, semble-t-il, par un chœur céleste. Ce sont les rachetés de la terre : ou mieux, ceux que l’agneau a acquis pour Dieu par le don de son sang, de sa vie, et qu’il a faits rois et prêtres. Pas de développement de l’idée de rachat, de prix à payer et du destinataire de ce paiement. Mais simplement l’idée d’une acquisition : ces 144000 sont devenus la possession, le peuple qui appartient à Dieu et dont il est le berger. Ces chrétiens dont la foi est cause de mépris et de rejet sont élevés ici au rang de rois et de prêtres, et ainsi associés à la victoire du Christ. C’est leur vie concrète, et non seulement leur vie future, qui est prise en considération : ils sont invités à jeter un regard absolument neuf sur leur situation et peuvent ainsi s’associer au cantique nouveau qui leur est enseigné pour qu’ils le fassent leur. Tout en vivant dans le monde, ils se savent sous la protection de Dieu, promis à la vie avec lui et chantent ainsi leur bonheur.

Comment comprendre le v.4, « ils ne se sont pas souillés avec des femmes » ? Certains l’ont lu au premier degré – et on continue à le faire aujourd’hui, comme si la sexualité avait quelque chose d’impur et d’interdit. Un courant, dans l’Eglise, a mis l’accent sur le renoncement à la sexualité : on l’appelle encratisme (du grec « continence »), car il prône une abstinence et un ascétisme très exigeants. Est-ce bien là ce que dit notre texte ? Cela ne concorde pas avec l’attitude générale de l’Apocalypse qui n’a aucune position antiféministe, mais utilise plutôt les images prophétiques de la prostitution qui désignent l’idolâtrie. C’est aussi dans ce sens figuré que Paul a utilisé le verbe souiller pour parler de la conscience de ceux qui, venant de se convertir, mangent de la viande sacrifiée aux idoles sans s’être complètement libéré de la conviction que les idoles sont bien réelles. C’est cette libération de l’idolâtrie qu’évoque notre passage : le croyant qui est en communion avec l’agneau peut et doit s’abstenir de toute relation avec les idoles qui marque si profondément la vie quotidienne des Romains. Il suit l’agneau, répondant ainsi à l’appel de Jésus dont les évangiles se font l’écho : « Si quelqu’un veut venir derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il porte sa croix et qu’il me suive » (Mc 8,34).

« Ils ont été rachetés d’entre les hommes comme prémices pour Dieu et pour l’agneau. » De nouveau ce verbe racheter qui peut prêter à confusion. On l’a déjà vu, le mot fait partie de ceux qui, dans le cadre des relations familiales, fait état de l’obligation, pour un parent, de payer la dette d’un proche pour sa libération. Les chrétiens sont donc libérés de cette société marchande où tout s’achète et tout se vend. Que ce mot qui évoque les liens familiaux soit employé pour parler de la relation avec Dieu et l’agneau montre combien celle-ci est forte, autant que des liens de parenté. C’est ce qu’a manifesté le sacrifice de l’agneau, la vie qu’il a donnée. Ces chrétiens sont en plus des prémices, dans le sens où eux aussi, libérés et membres de la famille de Dieu, sont appelés à adopter la même attitude de don et de gratuité qu’a eue l’agneau.

Ils sont vierges et irréprochables : ces mots évoquent la simplicité, la pureté, l’absence de mélange. Ces rachetés entrent avec la plus grande simplicité et sans tergiverser dans le projet de libération de Dieu. Ils ne participent pas au mensonge et à l’idolâtrie qui trompent le peuple. Ils gardent l’ardeur de leur premier amour (Ap 2,4).