Ecoute de la Bible au cœur de l’actualité

Une équipe de la paroisse et de l’Espace vous propose un temps hebdomadaire de chants, de prière et de méditation autour des prières tirées du livre des Psaumes. Nous nous réunissons au temple, dans la chapelle des évangélistes. Bienvenue à chacun !

Textes rédigés par Jean-Pierre Zurn


Les autres textes


Méditation autour de l’Evangile de Jean
Première partie: Ch. 1 à 12 ( Evangile de Jean, première partie (172 téléchargements) )
Deuxième partie: Ch. 13 à 21 ( Evangile de Jean, deuxième partie (74 téléchargements) )


Méditation autour de l'épître aux Ephésiens (72 téléchargements)
Méditation autour de la première épître aux Corinthiens (60 téléchargements)

Méditation autour du livre de l’Apocalypse
Première partie: livre de l’Apocalypse - 1ère partie, Chap. 1 à 12 (un téléchargement)
Deuxième partie: livre de l’Apocalypse - 2e partie, Chap. 13 à 22 (12 téléchargements)


Psaume 69: Prière de David. « Dieu, sauve-moi… »

Au chef des chantres. Sur les lis. De David. Sauve-moi, ô Dieu! Car les eaux menacent ma vie. J’enfonce dans la boue, sans pouvoir me tenir; Je suis tombé dans un gouffre, et les eaux m’inondent. Je m’épuise à crier, mon gosier se dessèche, Mes yeux se consument, tandis que je regarde vers mon Dieu. Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête, Ceux qui me haïssent sans cause; Ils sont puissants, ceux qui veulent me perdre, Qui sont à tort mes ennemis. Ce que je n’ai pas dérobé, il faut que je le restitue. O Dieu! tu connais ma folie, Et mes fautes ne te sont point cachées. Que ceux qui espèrent en toi ne soient pas confus à cause de moi, Seigneur, Éternel des armées! Que ceux qui te cherchent ne soient pas dans la honte à cause de moi, Dieu d’Israël! Car c’est pour toi que je porte l’opprobre, Que la honte couvre mon visage; Je suis devenu un étranger pour mes frères, Un inconnu pour les fils de ma mère. Car le zèle de ta maison me dévore, Et les outrages de ceux qui t’insultent tombent sur moi. Je verse des larmes et je jeûne, Et c’est ce qui m’attire l’opprobre; Je prends un sac pour vêtement, Et je suis l’objet de leurs sarcasmes. Ceux qui sont assis à la porte parlent de moi, Et les buveurs de liqueurs fortes me mettent en chansons. Mais je t’adresse ma prière, ô Éternel! Que ce soit le temps favorable, ô Dieu, par ta grande bonté! Réponds-moi, en m’assurant ton secours! Retire-moi de la boue, et que je n’enfonce plus! Que je sois délivré de mes ennemis et du gouffre! Que les flots ne m’inondent plus, Que l’abîme ne m’engloutisse pas, Et que la fosse ne se ferme pas sur moi! Exauce-moi, Éternel! car ta bonté est immense. Dans tes grandes compassions, tourne vers moi les regards, Et ne cache pas ta face à ton serviteur! Puisque je suis dans la détresse, hâte-toi de m’exaucer! Approche-toi de mon âme, délivre-la! Sauve-moi, à cause de mes ennemis! Tu connais mon opprobre, ma honte, mon ignominie; Tous mes adversaires sont devant toi. L’opprobre me brise le coeur, et je suis malade; J’attends de la pitié, mais en vain, Des consolateurs, et je n’en trouve aucun. Ils mettent du fiel dans ma nourriture, Et, pour apaiser ma soif, ils m’abreuvent de vinaigre. Que leur table soit pour eux un piège, Et un filet au sein de leur sécurité! Que leurs yeux s’obscurcissent et ne voient plus, Et fais continuellement chanceler leurs reins! Répands sur eux ta colère, Et que ton ardente fureur les atteigne! Que leur demeure soit dévastée, Qu’il n’y ait plus d’habitants dans leurs tentes! Car ils persécutent celui que tu frappes, Ils racontent les souffrances de ceux que tu blesses. Ajoute des iniquités à leurs iniquités, Et qu’ils n’aient point part à ta miséricorde! Qu’ils soient effacés du livre de vie, Et qu’ils ne soient point inscrits avec les justes! Moi, je suis malheureux et souffrant: O Dieu, que ton secours me relève! Je célébrerai le nom de Dieu par des cantiques, Je l’exalterai par des louanges. Cela est agréable à l’Éternel, plus qu’un taureau Avec des cornes et des sabots. Les malheureux le voient et se réjouissent; Vous qui cherchez Dieu, que votre coeur vive! Car l’Éternel écoute les pauvres, Et il ne méprise point ses captifs. Que les cieux et la terre le célèbrent, Les mers et tout ce qui s’y meut! Car Dieu sauvera Sion, et bâtira les villes de Juda; On s’y établira, et l’on en prendra possession; La postérité de ses serviteurs en fera son héritage, Et ceux qui aiment son nom y auront leur demeure.

Ce psaume, long et complexe, évoque pour commencer des images que nous avons presque quotidiennement sous les yeux à travers les médias : des personnes dont l’embarcation vétuste est en train de couler en Méditerranée, d’autres qui sont obligées d’abandonner leur maison à cause de pluies torrentielles et d’inondations, d’autres encore qui voient leur village détruit par des coulées de boue dévastatrices. On peut imaginer que nombre d’entre eux ont crié comme le psalmiste : « Dieu sauve-moi, car l’eau est montée jusqu’à ma gorge. Je me suis enfoncé dans un marais, un abîme ; et rien où se tenir. Je suis venu dans les profondeurs de l’eau et un remous m’engloutit ! »

Pourtant la suite du psaume nous conduit sur d’autres pistes qu’une catastrophe naturelle comparable à celles qui viennent d’être mentionnées. Car immédiatement il est questions de « gens qui me haïssent », de vol ou de crimes, de repentir, de poison mis dans la nourriture et de vinaigre dans la boisson. Certains passages de ce psaume, en plus, nous sont familiers parce qu’ils sont cités du Nouveau Testament. Plusieurs versets sont évoqués dans les évangiles, en particulier dans le récit de la passion. Il est possible, d’ailleurs, que le psaume tout entier ait fait partie des premières liturgies de la semaine sainte.

On peut alors faire l’hypothèse qu’il y a, à l’arrière-fond de ce psaume, et qui en expliquerait les différents éléments, une pratique connue dans le Proche Orient ancien que nous nommons aujourd’hui ordalie, d’un nom du vieux français signifiant jugement, ordâl – qui a donné en allemand Urteil – et qui s’est développée aussi au Moyen-âge, époque où est apparu le mot. Dans tous les cas, il s’agissait, en l’absence de preuves ou de témoins qui permettaient de motiver une accusation, de remettre par un procédé particulier les choses à Dieu ! Pour décider de la culpabilité ou de l’innocence de quelqu’un, on le soumettait à une sorte de test dans lequel sa vie était mise en danger. S’il s’en sortait, il était considéré comme innocent, s’il tombait malade ou défaillait, on le tenait pour coupable et condamné par Dieu, ce qui permettait d’exécuter le jugement – souvent la peine capitale – en toute bonne conscience ! On trouve une telle procédure dans le livre des Nombres (Nb 5,11-24). Cette pratique, qu’on a nommée « loi de Sota » (le verbe sata signifie se conduire mal), était recommandée en cas d’adultère pour lequel, rappelons-le, il n’y avait qu’une seule accusée, la femme (la sota, la déviante). L’homme, lui, n’est bien sûr pas concerné ! Pour que l’on puisse s’assurer de sa culpabilité ou de son innocence, la femme soupçonnée d’adultère est amenée au temple par son mari qui apporte aussi une « offrande de dénonciation ». Le prêtre presse la femme d’avouer sa faute éventuelle, puis lui fait boire un breuvage, une eau d’amertume qui porte la malédiction et qui est censée confirmer la véracité ou la fausseté de ses dires, une sorte de détecteur de mensonge. Dans d’autres cas, on fait ingurgiter au suspect une nourriture ou une boisson plus ou moins empoisonnée afin d’observer comment il réagit, ce qui déterminera la suite de son traitement, liberté ou condamnation.

Dans notre psaume, l’orant, qui pourrait être un membre du personnel du temple, a été accusé d’un vol dont il proclame être innocent. Et il se plaint de l’ordalie qu’on lui fait subir. On peut l’imaginer dans une fosse ou une citerne, comme Jérémie (Jr 38,1-13) au temps du roi Sédécias, qui subissait cette peine à cause des annonces réitérées qu’il avait faites, et dans lesquelles il persistait, d’une catastrophe qui se préparait et à laquelle on ne pourrait pas échapper : la conquête et la destruction de Jérusalem par les Babyloniens. Dans sa citerne, il s’enfonce dans la boue et est menacé de crever de faim si l’on ne vient pas le secourir en le tirant dehors.

Alors que pour Jérémie, c’est une mesure destinée à le faire taire, l’ordalie est un procédé de vérification de ce que quelqu’un dit lorsqu’il clame son innocence. On peut distinguer deux parties dans ce psaume, toutes deux commençant par un cri, une prière, un appel à être sorti du bourbier. Le premier est très bref, mais dit l’essentiel : « Sauve-moi, Dieu ! » (v. 2, verbe yasha). Le second est plus explicite et plus insistant : « Et moi, ma prière est pour toi, Seigneur… Dieu, dans la grandeur de ta bonté (hèsèd), réponds-moi dans la vérité de ton salut (ysheèkha) ! […] Que je sois secouru de mes adversaires et des profondeurs de l’eau. Réponds-moi, Seigneur, car c’est un bien, ta bonté (hèsedèkha) ; selon l’immensité des tendresses de ton ventre (rahamim), tourne-toi vers moi » (vv 14-17).

Après la prière, la plainte : « ceux qui me haïssent me haïssent pour rien, mes ennemis de mensonge » (v. 5). Le plaignant va-t-il devoir rendre ce qu’il n’a pas volé, demande-il avec ironie. Il ne se prétend pas parfait : Dieu le connaît, ses crimes ne lui sont pas cachés. Sous-entendu, ce dont on l’accuse n’en fait pas partie. Il se sait innocent : « Non ils n’auront pas honte de moi, ceux qui t’espèrent… »  Ce qu’il a fait, on ne le sait pas, le psaume ne répond pas à notre curiosité, mais il l’a fait pour son Dieu, au risque d’être renié par ses frères, car « le zèle de ta maison me dévore ». Il semble qu’il l’ait défendue, cette maison (le temple), contre des gens qui ne la respectaient pas, au risque d’être puni lui-même… « et les offenses de tes offenseurs sont tombées sur moi ! » Il s’est déjà repenti, en jeûnant, en revêtant un sac comme vêtement. Les anciens ou les juges, ceux qui sont assis aux portes de la ville en font des objets de conversation : il s’est vu lui-même visé par les chansons des buveurs de liqueurs, par des rumeurs de café du commerce.

On comprend dès lors qu’après le second appel au secours, le psalmiste souhaite si ardemment être libéré de ses ennemis. Mais le vocabulaire garde une certaine ambiguïté ; j’aurais tendance à comprendre « mon offense, ma honte, mon infamie » (v. 20), non pas comme une culpabilité du psalmiste, mais comme ce qu’il subit, malade de honte, à cause de ses ennemis. Et il n’y a personne pour le réconforter. Au contraire, on lui fait subir l’épreuve de la vérité : on a mis du poison dans sa nourriture, de la ciguë ou du pavot, et pour boisson on lui donne du vinaigre.

Alors vient l’imprécation : que les ennemis subissent un sort pire que le sien ! « Verse sur eux ton indignation et la brûlure de ta colère les rattrapera ! […] Qu’ils soient effacés du livre de la vie ! » (vv 25 et 29). Cette prière est portée par la certitude que « le Seigneur écoute les pauvres et ne méprise pas les siens lorsqu’ils sont prisonniers » (v.34) C’est pourquoi le psaume s’achève sur une invitation au ciel et à la terre de rendre gloire à Dieu ! Car Dieu sauvera, reconstruira Sion, on y demeurera et on la possédera… Ceux qui aiment son nom y habiteront en voisins : le verbe shakan, habiter en voisin, a donné Shekina, qui désigne la présence de Dieu dans son temple.  

L’ordalie, dans ce psaume, est l’épreuve à laquelle est soumis le psalmiste. Mais elle peut aussi être une mise en cause de Dieu lui-même à cause de son silence : on pense au duel prophétique d’Elie et des prophètes de Baal, qui pressent leur dieu d’intervenir, à la victoire apparente du Dieu d’Elie et, quelque temps après, sur le Mont Horeb, n’est ni dans le vent, ni dans le séisme, ni dans le feu, mais dans la voix d’un silence subtil. Plusieurs psaumes pressent Dieu de sortir de son silence face souffrances humaines ou aux malheurs de la création.


Psaume 51:

Au chef des chantres. Psaume de David. Lorsque Nathan, le prophète, vint à lui, après que David fut allé vers Bath Schéba. O Dieu! aie pitié de moi dans ta bonté; Selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions; Lave-moi complètement de mon iniquité, Et purifie-moi de mon péché.Car je reconnais mes transgressions, Et mon péché est constamment devant moi. J’ai péché contre toi seul, Et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux, En sorte que tu seras juste dans ta sentence, Sans reproche dans ton jugement. Voici, je suis né dans l’iniquité, Et ma mère m’a conçu dans le péché. Mais tu veux que la vérité soit au fond du coeur: Fais donc pénétrer la sagesse au dedans de moi! Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur; Lave-moi, et je serai plus blanc que la neige. Annonce-moi l’allégresse et la joie, Et les os que tu as brisés se réjouiront. Détourne ton regard de mes péchés, Efface toutes mes iniquités. O Dieu! crée en moi un coeur pur, Renouvelle en moi un esprit bien disposé. Ne me rejette pas loin de ta face, Ne me retire pas ton esprit saint. Rends-moi la joie de ton salut, Et qu’un esprit de bonne volonté me soutienne! J’enseignerai tes voies à ceux qui les transgressent, Et les pécheurs reviendront à toi. O Dieu, Dieu de mon salut! délivre-moi du sang versé, Et ma langue célébrera ta miséricorde. Seigneur! ouvre mes lèvres, Et ma bouche publiera ta louange. Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert; Mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes. Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé: O Dieu! tu ne dédaignes pas un coeur brisé et contrit. Répands par ta grâce tes bienfaits sur Sion, Bâtis les murs de Jérusalem! Alors tu agréeras des sacrifices de justice, Des holocaustes et des victimes tout entières; Alors on offrira des taureaux sur ton autel.

Voici un des rares psaumes qui se présente entièrement comme une prière adressée à Dieu. Il exprime l’expérience d’un être humain – peut-être collectif – accablé par une faute et qui crie : « Pitié pour moi, Dieu, selon ta bonté ; selon la grandeur de ta clémence, efface mes torts. » C’est un appel aux qualités fondamentales de Dieu : la pitié (’hanan), la bonté (’hesed) et la tendresse qui pardonne (re’hem ; ici au pluriel ra’hamim). Meshonnic traduit « les tendresses de ton ventre. » Ra’hamim désigne le sentiment maternel qui lie la mère à l’enfant sorti de sa matrice (re’hem). C’est le côté féminin de Dieu ! Au moment du renouvellement de l’Alliance (Ex 34,6), Yahvé a l’a dévoilé à Moïse en lui révélant son nom : « Yahvé passa devant lui et cria : “ Yahvé, Yahvé Dieu de tendresse (’rehem ou ‘rahum) et de grâce (‘hén, ’hanan), lent à la colère et riche en bonté (’hesed) et en vérité (‘èmèt), conservant sa bonté (’hesed) jusqu’à mille générations. ” » L’hébreu hén désigne d’abord la faveur, la bienveillance gratuite d’un personnage haut placé, puis le témoignage concret de cette faveur, démontrée par celui qui donne et fait grâce. Le verbe ‘hanan pourrait signifier à l’origine regarder en se penchant et désigner le regard d’un puissant qui s’abaisse avec complaisance sur un privilégié qu’il choisit. Le verbe ‘hanan signifie être miséricordieux, montrer de la faveur, ou faire miséricorde. Il a le même sens en arabe. On le retrouve dans les prénoms Anne ou Jean (Johanan, le Seigneur a eu pitié). Le terme ‘hesed signifie à la fois « faveur imméritée, amabilité, bienveillance », et « grâce de Dieu et miséricorde ». Il ne désigne pas une simple émotion, mais plutôt la sollicitude tout à fait gratuite de Dieu envers l’être humain. Quand Dieu se révèle à Moïse, il laisse apparaître qu’il y a en lui, à l’égard de son peuple des sentiments d’une tendresse quasi maternelle (rahamim) mais aussi la solidité et la vérité (‘èmèt) de celui qui ne saurait décevoir. Elle se manifeste dans cette bienveillance en actes, la bonté (hèsèd), par laquelle il vient en aide à ceux envers lesquels il s’est engagé par alliance (berith). Mais il existe également en lui un amour totalement gratuit, libre de toute nécessité, et c’est la grâce (hén).

« Tu es juste en ton parler » (6). La certitude de la justice divine constitue la clé-de-voûte de tout le psaume. Il n’y a pas de contradiction entre justice et amour. Dieu est juste, généreux et miséricordieux. Sa justice est sa générosité et sa miséricorde. En jugeant, Dieu justifie, donne sa grâce et son pardon au pécheur qui l’implore. C’est pourquoi la demande de pardon est seconde et découle de la certitude de la bonté divine. Le psalmiste multiplie alors les images et accumule les synonymes : il demande que son péché soit effacé comme on fait disparaître une tache en la frottant avec l’hysope ou la marjolaine (9). Il réclame un grand lavage qui s’étende jusqu’aux moindres recoins (4) et au terme duquel il se retrouvera blanc comme neige (9). Il demande par deux fois à être purifié, comme un vêtement sale que l’on nettoie à fond (4.9). A la première lecture, déjà, on s’aperçoit de ces correspondances : le v. 4 a un écho au v. 9. Le psaume tout entier est construit comme une œuvre d’art.

« Tu as désiré la vérité » (8). Avec la vérité (‘emèt), l’image est celle d’un rocher inébranlable. La vérité de Dieu, sa fidélité, c’est, très concrètement, sa solidité. Il est celui sur lequel on peut s’appuyer, il ne déçoit pas. ’Emèt désigne ainsi les sources mêmes de la fidélité, la solidité essentielle d’un être. Un Hébreu ne voit pas tout à fait dans la vérité ce qu’y trouvent un Grec ou un Latin : pour lui, est vrai ce qui a été mis à l’épreuve et s’est révélé solide.

Le vocabulaire de la faute, lui aussi, est très riche : le tort (pesha) désigne l’atteinte volontaire au droit de l’autre, individu ou peuple, et peut prendre le sens de révolte. Les prophètes reprochent au peuple sa révolte contre Dieu, malgré sa fidélité. Le mot faute (awôn), vient d’une racine qui signifie tordre et désigne l’état intérieur du pécheur, son cœur tordu, perverti, incapable de prendre les bonnes décisions. Le péché (hatta) est, au sens étymologique, le fait de rater le but ou de s’égarer. Sept termes composés sur cette racine jalonnent le psaume. Si l’on ne peut avoir de relations justes avec les autres, on manque sa propre réalisation, son bonheur (« Celui qui pèche contre moi fait violence à son être », Pr 8,36). Ces trois mots tort, faute et péché, désignent plusieurs aspects de la réalité du mal (ra’), un mot qu’on peut aussi traduire par malheur. « Mon tort, moi, je le connais, ma faute est devant moi sans relâche ; contre toi, toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. » (5-6) Mais ce que le psalmiste reconnaît, au delà de son expérience du péché, c’est sa condition de pécheur : « dans la faute j’ai été enfanté, dans le péché ma mère m’a conçu » (7). Il éprouve cette tendance innée, cette sorte de propension au mal qui s’attache à la fragilité humaine. Il reconnaît donc d’emblée que Dieu serait pleinement justifié à le condamner (6b). Il n’en réclame pas moins avec insistance le pardon et la réhabilitation (v. 8-9).

Au cœur de la première partie du psaume, apparemment dominée par la confession du péché, c’est en fait la victoire de Dieu sur le péché et sur le mal qui est mise en évidence. Voilà pourquoi cette confession du péché débouche sur la louange pour le salut de Dieu, comme le manifeste la seconde partie tout entière articulée sur les v. 14 et 16 : « Rends-moi la joie d’être sauvé, et que l’esprit généreux me soutienne ! » La confession des péchés devient chemin de louange vers le Dieu qui sauve et qui pardonne ! Il n’est plus question de simple pardon des fautes commises ; ce que le priant demande, c’est d’être renouvelé, transformé et en quelque sorte recréé : les verbes le soulignent : « créer » (12a), « restaurer » (12b), « rendre » (14). Ce renouvellement touche à l’intériorité, comme le souligne à trois reprises la mention de l’esprit, la ruah : « restaure en ma poitrine un esprit ferme » (12), « ne m’enlève pas ton esprit de sainteté » (13), « assure en moi un esprit magnanime » (14). Après le pardon, la transformation intérieure. Le psalmiste aspire à être libéré de toute malice et ajusté en profondeur à son Dieu. « Crée en moi un cœur pur » : fais disparaître en moi le péché en sa source !

Au v. 15, on passe de l’impératif à l’indicatif futur : « j’enseignerai », « reviendront », « acclamera », « publiera ». Après avoir demandé à Dieu de le renouveler de l’intérieur, le psalmiste parle de ses résolutions, du renouvellement qu’il souhaite traduire dans son engagement extérieur. Aider d’autres pécheurs à trouver les voies du retour à Dieu (v. 15). Vivre dans la louange de Dieu et lui rendre un culte qui ne se limite pas aux rites sacrificiels mais qui embrasse l’existence concrète, dans la vérité du cœur et de l’esprit.

Lors de son audience hebdomadaire du mercredi 30 mars 2016, le pape François, commentant le psaume 51, a affirmé : « La seule chose dont nous avons vraiment besoin dans notre vie, c’est d’être pardonnés, libérés du mal et de ses conséquences de mort. » Et l’on pourrait presque conclure, en lisant ce psaume, qu’il nous est acquis. Il suffit de le demander !

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Gregorio Allegri, prêtre et ténor de la chapelle pontificale a écrit une œuvre sublime aux environs de 1638, le Miserere, notre psaume en latin. Le Vatican, qui souhaitait s’en réserver l’exclusivité, en conservait le manuscrit tout en en interdisant la reproduction et l’exécution à l’extérieur. Lors de la Semaine Sainte de 1770, alors qu’il a 14 ans, Mozart séjourne à Rome avec son père. Il assiste aux deux prestations des chœurs de la Chapelle Sixtine. Le mercredi soir 11 avril, il est capable de retranscrire de mémoire le morceau, le Vendredi Saint, il entend la seconde prestation, ce qui lui permet de rectifier certains détails et de vérifier l’exactitude de sa transcription. Exploit illustrant à la fois la mémoire de Mozart et sa connaissance du contrepoint. Fou de joie, ébloui par la performance de son fils,  Léopold Mozart écrit « Wolfgang l’a déjà écrit […]. Mais nous l’apporterons nous-mêmes à la maison, parce que nous ne voulons pas laisser ce secret à Rome en d’autres mains, pour ne pas encourir directement ou indirectement les peines ecclésiastiques. »
Wolfgang Amadeus Mozart, Miserere in A minor K. 85

Psaume 54:

Au chef des chantres. Avec instruments à cordes. Cantique de David. Lorsque les Ziphiens vinrent dire à Saül: David n’est-il pas caché parmi nous? O Dieu! sauve-moi par ton nom, Et rends-moi justice par ta puissance! O Dieu! écoute ma prière, Prête l’oreille aux paroles de ma bouche! Car des étrangers se sont levés contre moi, Des hommes violents en veulent à ma vie; Ils ne portent pas leurs pensées sur Dieu. -Pause. Voici, Dieu est mon secours, Le Seigneur est le soutien de mon âme. Le mal retombera sur mes adversaires; Anéantis-les, dans ta fidélité! Je t’offrirai de bon coeur des sacrifices; Je louerai ton nom, ô Éternel! car il est favorable, Car il me délivre de toute détresse, Et mes yeux se réjouissent à la vue de mes ennemis.

La suscription prend 2 versets. Le 1er précise le style du psaume : c’est une instruction (maskil : participe du verbe sakal, réussir, comprendre, être perspicace, intelligent), à mettre en musique et à chanter. On fait un lien avec David, sans que l’on sache la signification exacte de l’expression (ledavid : à David, de David ?). En tout cas, le 2ème verset situe ce psaume dans la vie de maquisard du futur roi (1 S 23,1-12). Saül le poursuit dans les forêts du pays de Ziph, au sud-est d’Hébron, dans les Monts de Judée. Trahi par les habitants de la région, David se sauve dans le désert de Maôn où il risque d’être encerclé par les hommes du roi. Le psaume est ainsi présenté comme la prière de David dans une situation de détresse. Dans l’histoire de David, cette prière sera exaucée : une nouvelle alarmante parvient à Saul ; une troupe de Philistins opère des razzias, et il est urgent d’aller les repousser. Pour David et ses fidèles, l’étau se desserre ; ils échappent à la capture et aussi à la mort. La question « David n’est il pas caché parmi nous ? » reste en suspens, sans réponse.

D’un point de vue structurel, ce psaume se présente comme un chiasme : dans ce qui en constitue le cadre, les vv 3-4 et 8-9, il est question de salut et de délivrance ; dans la partie intermédiaire,  les vv. 5 et 7, on parle d’ennemis, pour trouver au centre, mis en évidence, le v. 6 qui proclame « Voici, Dieu est mon secours ! Mon Seigneur est le soutien de ma vie ! »

« Elohim, dans ton nom sauve-moi ! » (v.3) Le psalmiste sait qu’il peut compter sur un Dieu dont le nom révèle qui il est et ce qu’il est. Dans la pensée biblique, le nom révèle ce qu’il y a d’essentiel dans la personne qui le porte. Au sujet de Dieu, c’est le salut, la délivrance, la libération. Dieu est le Sauveur. Le psalmiste se réfère à cette conviction de tous les fidèles d’Israël pour en demander une démonstration pour lui-même. Dans le cas de Dieu, ce nom exprime tout ce qu’il est et tout ce qu’il fait. C’est ce que développe la seconde partie du verset, plus difficile à traduire. « Dans ta puissance » : en hébreu le mot est au pluriel et désigne les actes de bravoure accomplis par Dieu, couronné ici des qualités du guerrier – la force, la puissance, la vaillance, l’héroïsme. Ce sont ses miracles, ses actes de salut (biguevourot, pluriel de gevoura, bravoure, de gavar, être fort, être un brave, d’où guéver, le mâle, le brave). Pour garder le pluriel, Meshonnic traduit par « dans tes merveilles », tu me jugeras (verbe à l’inaccompli). Le v. 4 est clair et exprime la demande et l’attente du psalmiste. Dieu peut donc, lui que sa puissance et sa nature placent au-dessus de nos limites, agir pour sauver.

« Des étrangers se sont levés contre moi. » Le mot est précis : il s’agit bien d’étrangers, de personnes qui viennent d’ailleurs, et non d’orgueilleux ou d’arrogants comme certains traduisent. Des brutes, des gens effrayants, qui sèment la terreur (le verbe signifie effrayer), des ennemis redoutables – le substantif peut signifier aussi tyran – recherchent ma vie, mon âme. Le constat que fait le psalmiste est clair : « Ils ne placent pas Elohim en face d’eux. » L’expression est proche de l’affirmation des insensés dans le psaume suivant, qui disent qu’il n’y a pas de Dieu. Ils ne tiennent pas compte de Dieu, ils l’ignorent. Ils n’ont pas de vis-à-vis. Les liturges d’Israël  ont placé ici une pause : moment de méditer sur ce face à face refusé ou accepté dont il va être question dans la suite du psaume…

Au centre du psaume, donc, une magnifique confession de foi : « Voici Elohim est un secours pour moi ! » Ce mot secours, ici, incite à faire un détour à propos d’une question importante. Dans le récit de la création, le mot est lié à l’apparition de la femme et on l’a traduit par aide. « Il n’est pas bon que l’adam soit seul, je ferai pour lui une aide comme son vis-à-vis, son face-à-face. » On se souvient qu’il y a alors endormissement de l’adam, une hypnose, une torpeur, une absence complète : quand les choses se passent, il n’est pas là, il est dessaisi de lui-même. Et il perd quelque chose, de sorte qu’il lui devient impossible de se croire ou de se vouloir « tout » « tout seul ». Il a désormais « un secours en face de lui ». Naïvement ou avec humour, le récit biblique dit que Dieu a dû s’y reprendre à deux fois : d’abord il a fabriqué des animaux de la même manière qu’il avait formé l’adam, mais cela n’a pas convenu. Ensuite il a dû améliorer sa méthode et faire de la chirurgie. Alors il a réussi et l’adam se félicite de ce succès : «Voici cette fois l’os de mes os et la chair de ma chair, celle-ci, on l’appellera femme ishsha, car c’est de l’homme, ish, qu’elle a été prise. » L’adam a trouvé en face de lui le secours qu’il lui fallait ! Seulement son langage a un côté descriptif qui reste à sens unique ; il suggère la domination, la maîtrise ; il établit une certaine classification. L’homme serait premier, la femme seconde, subalterne… seulement une aide ! Le secours, c’est autre chose ! Il faut le penser à la lumière de la vocation d’Abraham : « Abraham, quitte ton pays, va vers toi-même… Je serai avec toi ! ». On trouve dans le Cantique des Cantiques une expression semblable. L’amant interpelle la Sulamite : « Lève-toi vers toi-même, ma compagne, ma belle, et va vers toi-même ! » Et l’on peut penser que la Sulamite a la même attitude à l’égard de son amant. Aimer, c’est ouvrir à l’autre un chemin vers soi, vers ce qu’il peut être, vers ce qu’il veut être, vers un devenir, une aventure. Il s’agit de quitter un lieu pour aller non pas vers un autre lieu, mais vers soi pour ce que Marie Balmary a appelé un appel du désir au désir… C’est le même mot qui dit le secours de Dieu et celui de la femme ou du compagnon.

« Le Seigneur est le soutien de mon âme ! » Littéralement : le Seigneur est dans ceux qui soutiennent ma vie ! Invitation à penser que Dieu peut aussi agir à travers le secours des autres ! « Alors le mal retournera vers ceux qui me guettent. Dans ta vérité, fais les taire, réduis-les au silence ! » Le sens pourrait être aussi détruire, anéantir. Mais l’essentiel est qu’ils n’attaquent plus ! Et voici la conclusion : « De bon cœur j’offrirai pour toi un sacrifice ; je célébrerai ton nom YHWH, car il est bon. Car il m’a délivré de toute détresse (il y a peut-être jeu de mot : un homonyme signifie ennemi) et mon œil a percé à jour mes ennemis » (il a regardé dans mes ennemis !). Ils restent mes ennemis, mais je les tiens à l’œil et Dieu m’y aide !


Psaume 53:

Au chef des chantres. Sur la flûte. Cantique de David. L’insensé dit en son coeur: Il n’y a point de Dieu! Ils se sont corrompus, ils ont commis des iniquités abominables; Il n’en est aucun qui fasse le bien. Dieu, du haut des cieux, regarde les fils de l’homme, Pour voir s’il y a quelqu’un qui soit intelligent, Qui cherche Dieu. Tous sont égarés, tous sont pervertis; Il n’en est aucun qui fasse le bien, Pas même un seul. Ceux qui commettent l’iniquité ont-ils perdu le sens? Ils dévorent mon peuple, ils le prennent pour nourriture; Ils n’invoquent point Dieu. Alors ils trembleront d’épouvante, Sans qu’il y ait sujet d’épouvante; Dieu dispersera les os de ceux qui campent contre toi; Tu les confondras, car Dieu les a rejetés. Oh! qui fera partir de Sion la délivrance d’Israël? Quand Dieu ramènera les captifs de son peuple, Jacob sera dans l’allégresse, Israël se réjouira.

On trouve dans le 1er livre de Samuel (ch. 25) l’histoire de Nabal et d’Abigaïl sa femme (dont le nom signifie la joie de son père). Nabal est le mot de notre psaume traduit par « fou ». Nabal était un riche éleveur de brebis et de chèvres. David et ses hommes, en fuite devant Saül, avaient veillé sur ses terres et assuré la sécurité de ses troupeaux. En manque de nourriture et en attente de réciprocité, il a envoyé des hommes pour demander à Nabal de quoi subsister. Mais Nabal a répondu qu’il ne connaissait pas ce David qui devait être un esclave en fuite. « J’irais prendre mon pain, mon eau, la viande que j’ai tuée pour mes tondeurs, et tout donner à des gens qui viennent d’on ne sait où ! » Colère de David : Nabal lui rend le mal pour le bien ; il se prépare à l’attaquer. Abigaïl, alertée par un serviteur, veut éviter que David ne se venge. Elle va vers lui avec de la nourriture et lui dit : « Que mon seigneur veuille bien ne pas prendre garde à ce vaurien de Nabal ; il est bien ce que son nom indique : Fou ! Accepte donc le présent de ta servante et ne te fais pas justice toi-même… » Cela éclaire l’usage du mot fou, qui n’a rien à voir avec la psychiatrie, mais signifie plutôt dur et méchant !

Le fou, l’insensé, c’est celui qui vit et agit comme si Dieu n’existait pas et comme si la conscience n’existait pas. Il n’a pas d’états d’âme ! Comme Nabal, enfermé en lui-même, dans son seul désir de possession, il ignore son devoir d’hospitalité, son devoir d’assistance envers autrui, incapable de réaliser qu’il a une dette à l’égard de David. Il ne le connaît pas, ne le reconnaît pas, donc il ne lui doit rien !

« L’insensé dit en son cœur : Il n’y a point de Dieu ! » Notre psaume est mis sous le patronage de David, qui apparaît comme une sorte de modèle. Non pas l’homme parfait, mais de celui qui place sa vie devant Dieu et qui, selon les circonstances de la vie, exprime sa confiance, sa louange, sa colère ou son désespoir, qui appelle au secours ou avoue ses fautes. Ce n’est pas le roi puissant, mais un homme précaire qui, plongé dans le malheur, se tourne vers Dieu. On passe avec ce psaume du récit d’un cas particulier à un constat plus global !

« Le fou dit en son cœur » : le cœur est siège de la volonté : le fou décide que Dieu est absent et silencieux et qu’il n’intervient pas. La suite est au pluriel : ils se comportent en conséquence et leurs actions sont mauvaises. Les termes sont  très durs : « corrompus » suggère le saccage, la dévastation ; ils se sont « pervertis dans des horreurs » ! Constat final : « Il n’y en a pas un qui fasse le bien ! » Il sera repris au v. 4 : « pas de personne qui agisse bien, pas même une seule ! »). Echo à « Il n’y a pas de Dieu ! » On peut parler ici d’athéisme pratique : si pour l’insensé Dieu n’est pas forcément mort, comme l’ont dit certains modernes, il est relégué dans les sphères supérieures et n’intervient pas dans les affaires du monde. Il est si lointain qu’il est inoffensif ! Et les humains en profitent agir en toute liberté par rapport au mal !

Mais Dieu n’est pas si passif ! Du haut des cieux, il regarde en bas ! Il ne se désintéresse pas de ce qui se passe sur la terre, il se penche pour observer les humains. Il cherche s’il est un homme « intelligent », qui échappe à la perversion, à la corruption et à la violence. C’est le même terme qu’au v.1 et on peut le traduire soit par un substantif, « instruction », « perspicacité », soit par un adjectif. L’être « intelligent »  médite et se laisse guider par la Parole. Il sait discerner l’action divine dans les événements de la vie et de l’histoire. C’est l’opposé du fou ; au lieu d’ignorer Dieu, il met toute son énergie à le « chercher ».

Tous égarés ! Tous pourris ! Le constat est sévère. Le Psaume précise deux griefs qui font penser aux épreuves subies par Israël. Les « malfaisants mangent le peuple », le dépouillent, le réduisent à la misère. D’autre part, le psalmiste reproche aux malfaisants, aux fous, de « ne pas invoquer Dieu ». Ils ne se réfèrent pas à lui ! Voilà pour la première partie du psaume où le constat du psalmiste est confirmé par celui de Dieu (Elohim).

Et comme dans l’Exode, quand Dieu voit, il agit. Au v.3, Dieu observait ; maintenant il vient sauver son peuple. Soudain le psalmiste s’adresse en « tu » à un interlocuteur : « Tu les confondras ! » L’humanité n’est plus présentée comme unanime dans le vice et la corruption. Elle se divise en deux camps : les assiégeants impies, et ce « toi », l’assiégé, le groupe des opprimés, groupe dont le psalmiste fait partie. C’est Dieu qui repousse l’assiégeant et disperse ses os ; mais c’est la victime elle-même qui, se réjouissant de voir l’ennemi défait, le confond, lui fait honte. De leur côté, les humains corrompus qui se croyaient maîtres de la terre sont dans une peur profonde. L’arrogance se mue en effroi. Dieu « éparpille les os de tes assiégeants ».

« Qui donne, depuis Sion, des « victoires », « des saluts », « des délivrances », des « sauvetages » à Israël ?  » C’est une fausse question : car à l’évidence c’est Dieu ! Ce pluriel de yeshoua désigne les actes qui sauvent : la libération de l’esclavage, la victoire sur les ennemis, la destruction des oppresseurs et des exploiteurs qui écrasent les pauvres, l’élimination des tyrans. « Quand Dieu ramène les captifs… » On pourrait traduire « quand Dieu revient avec les captifs de son peuple », car Dieu n’est pas ailleurs que là où est son peuple, vivant avec lui, en compagnon de sa libération. Alors c’est la joie, l’allégresse pour Jacob-Israël !

Ce dernier verset apporte une sorte de conclusion générale en forme de louange ou de confession de foi. Ce n’est pas une banale formule de conclusion ; c’est un aboutissement. Le retour de l’exil à Babylone est l’image des actes libérateurs, des victoires ou plus précisément des saluts (yeshouot) de Dieu. Ce Dieu dont on dit l’inexistence ou tout au moins l’inefficacité interviendra depuis Sion ! Le psaume fait ainsi apparaître un contraste : pour beaucoup, Dieu est tellement transcendant qu’il n’a rien à voir avec la vie quotidienne ; pour le psalmiste, au contraire, c’est un Dieu immanent qui habite au milieu de son peuple. Le Dieu étranger habite les cieux, tandis que le Dieu d’Israël se penche, habite en bas et intervient pour le salut. Dieu lointain – Dieu proche : ces deux visions subsistent dans notre monde actuel, et même en nous. Un Dieu inaccessible et lointain, dont on peut ignorer l’existence concrète ou même proclamer la mort, avec lequel on n’entre pas en relation et qui n’a pas grand-chose à voir avec la morale ou la vie de tous les jours, même s’il se trouve en tête des Constitutions ; l’Eglise qui prie ce psaume se trouve aux prises avec ce « Dieu de Babylone. » Elle peut lui résister. Son Dieu n’est pas indifférent, il sauve !